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Le dilemme de la ménagère « responsable » dans le rayon fruits et légumes du Monop’ : acheter des produits locaux, potentiellement cultivés sous serre chauffée, ou des denrées en provenance de pays lointains, acheminées par avion ? Sans parler du casse-tête corollaire : vaut-il mieux acheter un fruit biologique qui vient de loin ou un fruit d’un producteur local qui pratique l’agriculture traditionnelle ?

Une chose est sure: nous sommes de plus en plus à affirmer être prêts à modifier nos comportements de consommateurs pour limiter notre impact sur l’environnement, et en particulier sur le climat. D’après une étude publiée par la banque HSBC en juillet, 58% des personnes interrogées à travers le monde disent être prêtes à changer leur mode de vie pour limiter le réchauffement climatique, et 28% seraient prêtes à dépenser plus.

Les « consom’acteurs » réclament de pouvoir comparer, en plus du prix et du nombre de calories, l’impact environnemental de leurs courses. En réponse à cette demande, certains producteurs, distributeurs, ainsi que plusieurs organisations nationales et internationales, ont commencé à développer leurs « étiquettes carbone ». Timberland note l’impact climatique de la production de ses chaussures sur une échelle de 1 à 10, la chaîne de supermarchés britanniques Tesco a commencé à étiqueter ses produits en utilisant la méthode développée par le Carbon Trust au Royaume-Uni, et la chaîne de supermarchés française Casino a sélectionné le cabinet d’études BioIS pour étiqueter 3000 références en 2008.

 

Calculer l’empreinte environnementale d’un produit est un processus complexe et coûteux qui implique de collecter des informations sur toute la chaine logistique. Différents acteurs ont des motivations diverses pour investir dans l’étiquetage carbone. Ils visent des publics différents et en conséquence ont des méthodes et des exigences en termes de qualité et de vérification différentes. Par exemple, alors que les Climate Declarations du système international d’Environmental Product Declaration®, lancées en 2007, couvrent toutes les étapes du cycle de vie, depuis l’obtention des matières premières jusqu’à la gestion du déchet, l’approche choisie par le Carbon Trust exclut les émissions liées à l’utilisation du produit, et l’étiquette développée par Casino ne prend en compte que l’impact de l’emballage et du transport.

Cette focalisation sur les « food miles », c’est-à-dire sur le trajet parcouru par le produit avant d’atterrir dans nos assiettes, n’est généralement pas justifiée : le transport ne représente souvent qu’une petite part de l’impact environnemental. Ainsi, le producteur de chips britannique Walkers a découvert que la plus grande part de la dépense énergétique était consacrée à frire les pommes de terre. Parce que les agriculteurs sont rémunérés au poids, ils humidifient les pommes de terre avec de l’eau, et une quantité non négligeable d’énergie est nécessaire pour faire évaporer cette eau lors de la friture. Pour les produits agricoles, en particulier la viande, les engrais utilisés et la digestion du bétail sont à l’origine d’importantes émissions de protoxyde d’azote et de méthane, qui sont des gaz à effet de serre bien plus puissants que le dioxyde de carbone.

De telles différences de choix méthodologiques en termes de périmètre, ainsi que de règles d’allocation, de prise en compte des impacts évités, ou bien encore de règles pour l’utilisation de données génériques, peuvent mener à une situation où le consommateur n’est pas en mesure de comparer l’impact climatique de différents produits. Pour éviter cet écueil, il est impératif d’adopter une méthode standardisée pour le calcul des émissions de gaz à effet de serre liées au cycle de vie d’un produit, « du berceau à la tombe », telle que la norme ISO 14025, qui définit les principes et procédures pour établir une déclaration environnementale.

Toutefois, on peut craindre que cette information supplémentaire contribue à accroître la confusion du consommateur, déjà bombardé d’informations disparates sur les prouesses des entreprises en matière de réduction d’émissions de gaz à effet de serre. En particulier, si une entreprise compense ses émissions de CO2 pour devenir « carbon neutral », alors les produits qu’elle fabrique ou qu’elle distribue sont-ils également « neutres » ? C’est très rarement le cas, la plupart des entreprises « neutres » s’engageant uniquement à compenser leurs émissions « directes » ainsi qu’une petite part de leurs émissions « indirectes », le plus souvent celles liées à leur consommation d’électricité et aux déplacements professionnels de leurs employés, mais pratiquement jamais les émissions liées à leur chaîne logistique.

Enfin, l’engouement récent pour l’étiquetage carbone ne doit pas faire oublier qu’il n’y a pas que le CO2 dans la vie et que seule une analyse de vie complète permet de calculer l’impact d’un produit non seulement en termes d’émission de gaz à effet de serre, mais également en termes d’eutrophisation (particulièrement important pour l’agriculture – cf les ravages des élevages de porcs en Bretagne), d’acidification atmosphérique, d’émissions de précurseurs de l’ozone troposphérique, d’eco-toxicité, etc. Seule une telle analyse permet de comparer les impacts sur l’environnement d’un produit bio et d’un produit issu de l’agriculture traditionnelle, par exemple.

Il est cependant indéniable que les initiatives récentes constituent un pas dans la bonne direction. Les pionniers s’exposent certes à des critiques, mais permettent de faire avancer le débat, et contribuent à développer les capacités en termes d’étiquetage carbone, avec pour conséquence à moyen terme des analyses de cycle de vie de meilleure qualité et à un coût moindre. Pour être réellement bénéfique, ce développement doit s’accompagner d’un réel effort pédagogique afin d’éduquer le public et les media sur ce sujet complexe. Peut-être un jour verrons-nous figurer l’impact carbone total de nos caddies au bas de nos tickets de caisse… En attendant, rien ne vous empêche de réduire dès à présent l’empreinte carbone de votre déjeuner en préférant la carafe d’eau à l’eau minérale en bouteille plastique ; les produits frais aux surgelés ; et le steak de soja au steak de bœuf (si, si). Bon appétit !

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