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es biocarburants subissent en ce moment de plein fouet et sans discernement les attaques du monde politique, médiatique, agro-industriel  voire scientifique, accusés de provoquer la hausse des prix alimentaires, d’affamer les pays pauvres, de réchauffer un peu plus la planète, de déforester, de participer à un crime contre l’humanité… Le risque d’attaques aussi violentes ? Mettre fin au  débat sur les biocarburants avant même qu’il n’ait pu exister. Car quoiqu’il en soit, même si les biocarburants ne sont pas LA solution, ils font nécessairement partie des solutions pour réduire les émissions dues au transport et qu’on ne parvient pas à contenir (cf. les causes du réchauffement climatique). Reste à savoir sous quelle forme. Tentons un éclairage sur ces attaques.

 

Les biocarburants, vraiment efficaces d’un point de vue énergétique et gaz à effet de serre ?

Une étude de l’Ademe et le Ministère de l’Industrie en 2002 démontre que le bioethanol (produit à partir de blé et betterave) restitue 2 fois plus d’énergie qu’il ne mobilise d’énergie renouvelable  et le biodiesel (produit à partir de colza) 3 fois plus. Soit 2,5 tonnes de CO2 évité pour 1 tonne de biodiesel consommé. Après avoir fait l’objet de nombreuses critiques, la méthode utilisée a été revue et il semble que les résultats ne remettront pas en cause le bénéfice écologique de la filière.

Cependant ces résultats ne sont valables qu’en France et la visibilité manque sur le bilan des biocarburants importés (ex : biodiesel américain subventionné) ou issus d’huiles d’importation (ex : huile de soja américain et huile de palme indonésien). D’autant plus que l’Europe devra importer au moins 20% de son biodiesel pour remplir ses objectifs de 10% de biocarburants dans les carburants traditionnels en 2020 (selon une étude Concawe). C’est dans le but de contrôler un peu plus la qualité de ces biocarburants que l’Union Européenne a proposé une directive en janvier 2008 exigeant des biocarburants (entre autres) une réduction de 35% des émissions de GES par rapport aux sources d’énergies fossiles.

Les biocarburants, responsable de la hausse des prix alimentaires ?

Cette attaque fait rage en ce moment avec l’emballement des cours des matières premières alimentaires. Selon la FAO, les prix des denrées alimentaires au niveau mondial ont bondi de 45 % sur les neuf derniers mois entraînant de sérieuses pénuries de riz, de blé et de maïs. 3 facteurs principaux l’expliquent  :

  1. La croissance de la population mondiale et la hausse de niveau de vie  : selon les projections des Nations Unis, la terre comptera plus de 9 milliards en 2050 contre 6 milliards aujourd’hui, soit d’autant de plus de bouches à nourrir et à nourrir mieux ou davantage avec la hausse des niveaux de vie. Nous vivons déjà dans un contexte de consommation excessive de viande : 2/3 de la surface agricole utile dans le monde est affectée à l’élevage pour nourrir 1 milliard d’humains ! Il faut en effet 7 kg de céréales pour produire 1 kg de viande de bœuf.
  2. Perturbations climatiques et mauvaises récoltes : la disponibilité des céréales dans le monde demeure tendue et suit difficilement la demande. Les mauvaises récoltes dues à la sécheresse se multiplient chaque année (l’Australie a vu ses récoltes chuter de 50%  en 2007 !). Le réchauffement climatique affectera par ailleurs lourdement les rendements agricoles des pays du Sud (Afrique, Amérique Latine, Inde et Australie) d’ici 2050 (-10 à -20%)
  3. La crise financière incite les spéculateurs à quitter les produits financiers et se réorienter sur tout type de matières premières. La hausse des cours de l’or et même du pétrole en sont une conséquence. Et les denrées ne sont pas épargnées par ce phénomène de spéculation, encouragé par les points 1. et 2.

Les biocarburants ne sont bien évidemment pas à l’origine de cette hausse de prix. En revanche, il est légitime de s’interroger sur leur responsabilité. Et là encore, ne mettons pas tous les oeufs dans le même panier :

  1. En Europe, la responsabilité est limitée : le biodiesel constitue plus de 80% des biocarburants. Les surfaces cultivées pour produire l’huile sont contingentées en Europe à 2 millions d’hectares (sur les 125 millions d’hectares de SAU), ce qui limite un emballement de l’offre dans ce domaine. D’autre part, si la pression existe, elle s’exerce au niveau des oléagineux (colza, tournesol) qui ne constituent pas l’essentiel de l’alimentation humaine à la différence du blé ou du maïs utilisé pour la production d’éthanol. Les producteurs de biodiesel subissent par ailleurs la hausse mondiale des cours des huiles alimentaires qui affectent lourdement la rentabilité de la filière.
  2. En Amérique Latine, c’est mitigé : les biocarburants sont répandus depuis de nombreuses années et notamment au Brésil où le bioethanol produit à partir de canne à sucre représente plus de 30% du carburant consommé. Les biocarburants sont responsables indirectement de l’augmentation du prix de la viande. Car , avec la hausse des prix du pétrole, il devient plus intéressant pour un fermier de produire de la canne que d’élever du bétail.
  3. Aux USA, la responsabilité de la filière est plus importante : les objectifs fixés par Bush sur les biocarburants justifient les importantes subventions accordées aux producteurs de maïs, de blé et de soja pour la production de bioethanol et de biodiesel alors que ces 2 marchés peinent à se développer (pas suffisamment de pompes éthanol et pas suffisamment de véhicules diesel aux US). Le biodiesel est donc directement exporté. L’Energy Bill, adoptée par le congrès américain à la fin de 2007, prévoit une progression des quotas de biocarburants de plus de 600% sur 15 ans. Plus d’un tiers de la production américaine de maïs devrait être dévolu à la production d’éthanol pour atteindre cet objectif.

Les biocarburants, responsable de la déforestation ?

Les 2 phénomènes de déforestation les plus médiatisés se situent en Amazonie et en Malaisie.

  • En Amazonie, le bétail et le soja sont principalement à l’origine de la disparition des forêts (lire cette intéressante note), le soja étant principalement destiné à l’alimentation animale (et non au biodiesel). Les zones d’exploitations de canne à Sucre pour produire le bioethanol brésilien sont éloignées des zones forestières de l’Amazonie car inadaptées à ces zones climatiques.257c0e0c9edf45a63703254cc5e60d82.jpg
  • En Malaisie, selon les estimations des Les amis de la Terre, la plantation de palmiers à huile a été responsable de 87 % de la déforestation entre 1985 et 2000. Là encore, l’huile de palme est destinée à plus de 95% à l’alimentaire. Moins de 5% seront exportés en Europe pour la production de biodiesel. Et cette part restera faible dans la mesure où l’huile de palme (comme le soja) possède des propriétés physico-chimiques peu compatibles avec le biodiesel européen qui doit résister au froid, le colza se prêtant mieux à ces conditions hivernales.

Faut-il s’en tenir là pour autant ?

Les biocarburants ont un mérite incontestable : ils sont aujourd’hui les seuls à proposer une alternative crédible au pétrole pour le transport, en proposant une filière parallèle de production et de distribution perfectible mais organisée. Cette filière a le mérite d’exister face à une filière pétrolière bientôt centenaire et quasi-inébranlable !

Reste à identifier les points d’amélioration et prendre les actions qui s’imposent:

  1. 255091febcfff9905d91ca956f910b11.jpgdévelopper de nouvelles matières premières non alimentaires et limitant la concurrence à la terre : c’est le cas du Jatropha, plante oléagineuse offrant des rendements comparables au colza et poussant en terre semi-aride là où peu de choses poussent habituellement. Cette culture se répand à grande vitesse dans les pays du Sud (en Inde et en Afrique) qui y voient un nouvel or vert signe d’indépendance énergétique et de relance de l’agriculture locale. Les micro-algues représentent un potentiel de taille offrant des rendements de production considérablement plus importants mais encore au stade de tests (certains apparemment plus avancés que d’autres).
  2. améliorer les bilans (énergie, gaz à effet de serre,…) de la culture et des process de transformation : la production agricole concentre l’essentiel des besoins en énergie et des émissions de gaz à effet de serre avec l’usage des engrais et phytosanitaires notamment. Les efforts déjà engagés en Europe (-33% d’engrais utilisés entre 1999 et 2006, -24% de phyto entre 2001 et 2005) doivent se poursuivre et se généraliser à tous les pays.
  3. soutenir la recherche sur les technologies de 2ème générationqui permettraient d’élargir considérablement les rendements et l’éventail de matières premières utilisables pour la production de biocarburants. Les premières unités commerciales sont attendues pour 2015-2020.

C’est pourquoi l’Europe a décidé de maintenir ses objectifs sur les biocarburants en leur imposant des “critères de durabilité” définissant les conditions de culture, les terres d’origine, le bilan énergétique,… dans le souci de répondre aux critiques sans mettre fin au développement de la filière. Car, si les biocarburants peuvent avoir une responsabilité directe ou indirecte sur les phénomènes cités plus haut, il serait encore plus dangereux de faire fis des innovations réalisées et à venir dans ce domaine et de jeter le bébé avec l’eau du bain. Borloo ne prend-il pas ce risque en voulant « faire une pause » dans les biocarburants de 1ère génération ?

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