Sélectionner une page

Alors que l’épuisement des stocks d’énergie fossile est connu de tous et que la question de l’accès à l’eau est aggravée par le changement climatique, le sujet de l’interconnexion des problématiques de l’énergie et de l’eau commence tout juste à apparaitre dans les médias.

Suite au 5ème forum mondial de l’eau qui s’est tenu à Istanbul à la mi-mars, un article du Monde a titré “Eau et énergie ne peuvent pas se passer l’une de l’autre”.

L’année dernière, c’était le numéro spécial Earth 3.0 d’octobre 2008 de Scientific American qui faisait sa couverture sur Energy vs Water, why both crises must be solved together et proposait un article de 8 pages sur le sujet.

L’EAU EST NÉCESSAIRE POUR PRODUIRE DE L’ÉNERGIE

Je me souviens parfaitement de la sècheresse de 2005 et de ses répercussions sur la production d’énergie:le refroidissement des centrales nucléaires n’avait pu se poursuivre qu’avec le relèvement temporaire des seuils de débit minimum des cours d’eau et au prix de températures élevées dans les cours d’eau en aval des centrales. Un document de EDF (PDF – disponible sur Internet et obtenu sans intrusion informatique…), indique que pour chaque kWh nucléaire produit en France, ce sont 56 litres d’eau qui sont prélevés dans le milieuEn France, 71% de l’eau prélevée en surface sert à la production d’électricité.

En août 2003, la sécheresse a contraint les autorités roumaines à fermer pour quatre semaines une centrale nucléaire qui fournit plus de 10% de l’électricité du pays, ce qui a conduit à une augmentation de 17,5% des prix de l’électricité (article mis en ligne par Le Courrier des Balkans).

Aux Etats-Unis, le lake Mead, gigantesque lac artificiel créé par le barrage Hoover sur le Colorado et situé à proximité immédiate de Las Vegas, fournit en eau 22 millions de personnes. Il s’étend sur 180 km de long en amont du barrage et retient environ 45 km3 d’eau (c’est la première fois que j’utilise les km3 comme unité!!). Son niveau descend désormais régulièrement à 100 pieds sous ses niveaux historiques. Si le niveau baisse encore de 50 pieds, les turbines du barrage Hoover produiront si peu d’énergie que la ville de Las Vegas sera potentiellement plongée dans le noir. Cela pourrait arriver dès 2017, soit dans moins de 10 ans. D’après une étude de l’université de San Diego, la hausse des consommations d’eau et le changement climatique font craindre son assèchement dès 2021.

L’ÉNERGIE EST NÉCESSAIRE POUR PRODUIRE ET DISTRIBUER L’EAU

Par ailleurs, on utilise énormément d’énergie pour produire de l’eau potable et la distribuer sur de longues distances. L’aqueduc de Californie qui transporte l’eau des montages de la Sierra Nevada vers les villes côtières de Californie est le plus gros consommateur d’électricité de l’Etat américain.

En Europe, ce sont des bateaux-citerne de 36 000 m3 d’eau potable qui ont participé en 2008 à l’approvisionnement en eau de Barcelone à partir de Marseille. Le journal de l’environnement rappelle que ce n’est pas une première.

En 1983, puis 1987 et 1989, la Société du canal de Provence (SCP) a acheminé de l’eau douce jusqu’en Espagne depuis le terminal de Lavéra dans le golfe de Fos-sur-Mer. Autre exemple: entre 1989 et 1990, 1,5 million de mètres cubes d’eau potable ont été transportés depuis Marseille jusqu’en Sardaigne.

L’eau va devenir un problème crucial, qui butera sur le coût de l’énergie, indispensable au dessalement de l’eau de mer ou de l’eau saumâtre, indiquait Michel Dutang, directeur de la recherche et du développement de Veolia Environnement, dans un article du Monde en mai 2008.

A Istanbul, lors du forum mondial de l’eau, une session intitulée “Taming Bigfoot : reducing water and energy footprint“ était organisée sur le sujet. De nombreux orateurs ont répété à cette occasion : “Si vous n’avez pas la sécurité de l’eau, vous n’avez pas la sécurité énergétique.

Il conviendrait donc que les projets de production d’énergie soient débattus en intégrant la problématique des quantités d’eau nécessaires à leur fonctionnement. Et réciproquement, que les usines de production d’eau potable, et en particulier les usines de désalinisation d’eau de mer (qui consomment beaucoup d’énergie (3 à 4 kWh/m3 pour le procédé d’osmose inverse) et qui sont parfois/souvent associées à des projets de centrales nucléaires).

Sur la porte de mon bureau, on peut voir la couverture du numéro hors-série de Libération de mai 2006 qui titrait “Vive le pétrole cher!”. Peut-être que bientôt, je scotcherai à côté la couverture d’un hors-série “Vive l’eau chère!”.

Un jour, on pourrait regarder en arrière avec une nostalgie curieuse des jours où des propriétaires dissolus  aspergeaient leurs pelouses d’or liquide pour faire pousser l’herbe, juste pour pouvoir bruler de l’or noir pour la tondre les week-ends. Nos enfants et petits enfants se demanderont pourquoi nous étions si bêtes.

X

Bienvenue sur Je Signe pour l'écologie. Vous pouvez nous contacter via cette page !

¤