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Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, Le Monde publiait hier une interview de notre ministre de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables, Jean-Louis Borloo: [Il y a ] « Une urgence écologique mais aussi démocratique. Si nous attendons d’être au pied du mur, les démocraties seront-elles en mesure de gérer une pénurie imposée ? Ce sera d’une brutalité extrême. Il est encore temps de prendre les choses à bras le corps. On ne peut pas parier sur une solution technologique miracle qui résoudrait tout. L’écologie, c’est le seul combat laïc obligatoire et universel. »

Un “combat laic obligatoire et Universel”. Voilà des mots qui donnent à réfléchir et soulèvent quelques questions.

 

A l’avenir, les démocraties vont devoir apprendre à gérer des pénuries qui soumettront à rude épreuve leur mode de fonctionnement. Avec M. Borloo, on peut se demander si les démocraties sauront s’adapter aux contraintes imposées par l’environnement sans remettre en cause un de leurs principes fondamentaux : la liberté individuelle.

Par « combat laïque », doit-on entendre que l’Ecologie est une anti-religion ? La rapidité et l’engouement provoqué par l’Ecologie au cours des dernières années a bien quelque chose de dogmatique. Serions-nous face à une religion scientifique, alliant le technique et le naturel, mais une religion quand même ? Les réactions de certains peuvent le laisser croire, et associer les termes de « combat » et « laïque » n’est pas sans rappeler l’autre combat, à savoir celui contre le terrorisme (qui associe « combat » et « religion »). Est-ce à dire que ceux qui ne sont pas « pour » l’Ecologie sont « contre » ? Tels des Sans-Culottes en salopette et bottes des champs, les « pros » traqueraient, serpes à la main, les « antis » ? Un avenir qui reste incertain, un engouement de masse, une philosophie qui se propose de donner un sens à la vie : les ingrédients d’une religion sont tous réunis. Dieu était omnipotent et universel, l’Ecologie sera « obligatoire et universel[le] » ?

Dans un autre registre, les gouvernements des démocraties ne profitent-ils pas de la psychose qui s’empare du « peuple » pour, sous couvert de bonnes intentions, multiplier taxes, décrets et directives ? C’est ce que sous-entendent certains lecteurs du Monde,  mais aussi Cécile Philippe, directrice de l’Institut Economique Molinari : « Il est considéré que la Terre a été saccagée par l’activité humaine et que pour sauver la planète, il faut davantage contrôler les individus et les empêcher d’agir. D’où l’avalanche de nouvelles réglementations. À lui seul, l’Agenda 21 adopté au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro en 1992 comprend 2500 recommandations concernant les problématiques liées à la santé, au logement, l’air, les mers, les forêts, les montagnes, etc. ». La mise en place du développement durable serait-elle synonyme de limitations des libertés individuelles ?

Il est évident que la façon dont la machine écologique semble s’emballer n’est pas sans rappeler les réactions post-september 11. Dans l’urgence et dans la peur, on a vu passer des amendements brimant les libertés individuelles.

Cependant, le réchauffement climatique est une réalité, et la responsabilité de l’Homme n’est plus à démontrer. Il est donc plus que temps de poser la question de sa place et des conséquences de ses activités sur la Terre. On peut y voir l’occasion de repenser notre mode de vie, et de le rendre plus « humain » (là encore les mots se jouent de nous !). L’humanité de l’Homme se mesure-t-elle à sa capacité d’interagir avec son environnement ?

L’engouement récent pour l’Ecologie met-il en péril la démocratie ? Nous pensons que non. Clairement, nous arrivons à un tournant qui nécessite la révision de nos modes de production (on parle d’ailleurs de cycle), et de notre économie, mais toujours dans le respect des principes démocratiques. Toute remise en question est suivie de sa cohorte de détracteur, conservateurs, adhérents, promoteurs, etc. Chaque décision prise déclenche en toute logique des conflits, et il nous appartient de rester vigilants dans la manière de les régler. Il existe certainement un risque de voir certains lobbies / personnes / associations profiter de cette mutation pour imposer des directives qui les favorisent au détriment du reste, mais est-ce une raison pour tout arrêter ?

Pour conserver sa légitimité, l’enthousiasme écologique doit rester en marge du dogmatisme, faire preuve de pragmatisme, et accompagner le changement, plutôt que de se livrer à la contestation perpétuelle et la remise en cause systématique des rouages des sociétés dites développées.

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